jeudi 5 février 2009

L'aventure d'un livre.

Las de chercher des débouchés pour mes petites nouvelles, j’ai décidé un jour de me lancer dans l’écriture d’un roman. C’était fin 2007, je crois.
Je savais qu’il me fallait un sujet qui maintienne mon intérêt éveillé pendant de longs mois.
Parce que c’est long d’écrire un roman. Et contraignant.
Et rien n’est pire que de devoir se traîner jusqu’à son ordinateur en se demandant de quoi on va bien pourvoir parler maintenant.
J’avais envie de quelque chose de personnel. Depuis longtemps déjà je voulais écrire sur mon enfance. Sur les années 70 qui paraissent aujourd’hui tellement lointaines. Sur ma ville natale. Aimée et détestée.
Mais se lancer dans un récit autobiographique ? Certainement pas. Sûr que j’ai un ego surdimensionné (tous mes amis vous le diront. Enfin ceux qui restent !) mais pas assez pour croire que ma petite vie est susceptible d’intéresser les foules.
Il me fallait trouver un angle d’attaque. Un biais.
Alors j’ai pensé à l’histoire de cet homme qui revient dans la ville de son enfance pour dénouer un drame vieux de trente-cinq ans. Et qui se souvient de son passé.
Le scénario a été élaboré en un week-end. Le découpage en chapitres en un autre. Je décidais d’alterner le présent et le passé, en racontant deux histoires qui finiraient, bien sûr, par se rejoindre. A l’origine, ce devait être un roman fantastique avec un monstre affreux. Le genre de divinité chtonienne qu’on trouve chez Lovecraft et consorts. Et puis, le récit commandant, c’est devenu un roman policier. Il n’est resté du fantastique que l’ambiance.
La ville de Saint-Etienne y joue un rôle principal. A la fois attirante et terrifiante. C’est un personnage à part entière du roman.
Dans les flash-back, je pouvais parler de mon enfance et des bêtises qu’on faisait. De mon quartier promis à la démolition. De mes copains. Ou tout au moins du souvenir que j’en ai gardé.
Il y a beaucoup de moi dans le personnage principal, inutile de le nier. C’est une extension de moi, mais ce n’est pas moi. Il me ressemble par certains traits de caractère, mais c’est un héros de fiction.
J’ai adoré écrire ce roman. Je suis retourné à Sainté pour faire des repérages sur les lieux. C’était génial. Je redécouvrais ma ville. Elle le méritait.
Et puis, après un an d’efforts (en fait, on devrait plutôt compter en week-end) j’ai enfin terminé mon bouquin. Quelques rares personnes l’ont lu en avant-première. Ma femme. Mon fils. Ma sœur. Ma mère. La famille, quoi ! Ca permet de s’assurer que le récit fonctionne, mais je n’aime pas trop ça. En général, les proches n’ont pas le recul nécessaire. Ils n’arrivent pas à faire la part des choses. Ils croient que c’est de moi que je parle. Et d’eux. C’est parfois embêtant. Surtout si le personnage principal est un assassin ou un maniaque sexuel…
Enfin, dans le cas de ce roman, il n’est ni l’un ni l’autre. Ma mère ne m’a donc pas trop fait les gros yeux. Elle m’a quand même dit : « Tu n’y vas pas de main morte avec notre ville ! ».
Heu… C’est vrai que j’ai été un peu sévère avec la Ville Noire. Je lui ai bien expliqué que c’était pour les besoins du roman, qu’il ne fallait pas tout prendre au pied de la lettre…, mais j’ai vu à son regard qu’elle ne me croyait qu’à moitié.
Le roman terminé, je l’ai envoyé à un large panel d’éditeurs. « Fouilla ! » comme on dit chez moi, ça coûte des sous ! Faire des photocopies, affranchir tous ces manuscrits… Faut vraiment avoir envie d’être publié !
Le calcul est simple : d’un côté il y a zéro et de l’autre… j’ai arrêté de compter. On gagne plus d’argent en vendant des trucs sur Ebay !
Et tout ça pour recevoir une lettre type qui vous assène avec un sourire sardonique : « Désolé, mais votre roman ne s’inscrit pas dans notre ligne éditoriale actuelle ! »
Actuelle ?
Ca veut dire quoi ? Que si je l’avais envoyé hier, cela aurait été mieux ? Que demain ce serait idéal ? Mais que là, présentement, il ne faut pas y compter !
Alors soit votre livre est i) déjà trop daté, soit ii) en avance sur son temps ! C’est dingue, non ? Faut que j’invente une machine à voyager dans le temps comme dans le roman de Wells, comme ça je pourrais me pointer chez les éditeurs et dire : « Et là, c’est bien le bon moment ? »
Bien sûr, il faut ensuite payer pour récupérer son manuscrit. Juste les frais d’envoi heureusement. Mais un de ces quatre, il faudra bien payer les membres du comité de lecture.
« Ca se fait déjà ! »
Qui a dit ça ? Que celui qui a dit ça, se lève ! Mauvais esprit, va !
Les membres du Comité de lecture sont au-delà de toute corruption. Ils travaillent pour l’amour de l’art. Pour dénicher le super roman, la perle rare !
Bon Dieu, les bacs de Gibert et des bouquinistes sont pleins de perles rares ! Ca dégueule de partout. Ce n’est même pas vendu au prix du papier ! Parfois, ça me fait même tellement de la peine de voir un de mes bouquins préférés abandonnés là, que je l’achète. Et tant pis si je l’ai déjà en trois exemplaires !
Alors pourquoi pas le mien, hein ? Est-ce que je suis si mauvais que ça ? Ces gars là sont-ils vraiment meilleurs ou faut-il que je couche avec quelqu’un, merde ?
Du calme…
Parfois, une petite douceur vient atténuer le refus. Au moins là on est certain qu’ils l’ont lu : « Malgré des qualités, votre roman n’a pas enthousiasmé le comité de lecture ! »
Je rêve ! Parce qu’en plus, il faut les enthousiasmer ! Alors que les rayons des libraires sont remplis de pâles copies et de rééditions !
Je me suis surpris à imaginer le comité dansant une gigue effrénée autour d’une grande table de réunion. Les membres se congratulaient, s’embrassaient, s’étreignaient passionnément ! « On l’a ! C’est génial ! Bon sang, quel auteur ! » et de sabrer le champagne avant de sombrer dans la dernière des luxures !
Au fait, j’attends encore la moitié des réponses ! Si ça se trouve, y’en a qui sont en train de faire la fête autour de mon manuscrit ! A leur bonne santé !
Pour faire bonne mesure, j’avais envoyé mon texte en version électronique à deux éditeurs. « Ca ne mange pas de pain », je me suis dit.
Et là surprise, les deux ont retenu mon texte !
Fallait faire un choix. D’un côté une maison d’édition naissante et de l’autre les « Editions les Nouveaux Auteurs », forte de plusieurs publications.
Je n’ai pas hésité très longtemps. J’ai signé chez « Les Nouveaux Auteurs ». Je ne les connais pas plus que ça, mais j’ai aimé leur processus de sélection. Cette idée de Jury Citoyen, quelle bonne idée ! Ca me plait que mon bouquin soit évalué par de vrais lecteurs. Ceux qui lisent des livres pour le plaisir. Ceux qui les payent. Et puis, il y a les concours. Le prix du polar VSD. Le prix Femme Actuelle. Une chance de recevoir une vraie poussée. Une chance de prendre son envol. Une chance de planer un peu au-dessus de la mer aux requins. De se croire Auteur… Je sais bien que ce genre de vol ne dure jamais bien longtemps. Ce n’est qu’un baptême, mais ça doit être grisant. On doit y prendre goût. Comme de voler en deltaplane ou en parachute ascensionnel. Comme de faire du vol libre.
Le rêve est là… Bon sang, je peux presque sentir le vent…

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