mercredi 1 avril 2009

L’hégémonie des grandes maisons d’édition.

Pas chien, samedi dernier je suis sorti avec l’intention d’acheter les romans des deux grands gagnants du prix VSD du Polar.
Je suis d’abord passé dans l'une des Fnac parisiennes. Là, j’ai erré un long moment au rayon nouveautés polar sans trouver Opale de Stéphane Lefebvre. Je me suis finalement résolu à aller voir le conseiller clientèle, à qui le nom de l’ouvrage ne disait rien, ni le prix, à peine celui de la maison d’édition. Le nom de l’auteur, je n’en parle même pas, mais c’est plutôt normal puisqu’il s’agissait d’un premier roman.
Finalement, après avoir consulté les entrailles de son ordinateur, il me tint à peu près cet oracle : « C’est parmi les nouveautés, sur le présentoir central ». Le tout assorti d’un vague geste de la main, genre « Passe ton chemin, mortel et ne m’ennuie plus avec de telles peccadilles ! »
Je retournais d’où j’étais venu et détaillais, pile par pile, les nouveautés en roman policier et Dieu sait s’il y en a ! De pleines tables, de pleins rayons, des piles hautes comme des gratte-ciel réfractaires aux normes parasismiques. Mais pas d’Opale.
Je trouvais Mako de Laurent Guillaume. Mais rien d’autre.
Je retournais donc avec un exemplaire de ce livre vers l’auguste Pythie qui après avoir jeté un œil acrimonieux sur la couverture, s’envola d’un pas rageur vers le lieu du crime. Je lui emboîtais le pas, un peu embarrassé d’avoir du la déranger dans ce qui semblait être l’étude mystique d’un long et mystérieux parchemin informatique.
« Ca devrait pourtant être là ! » m’asséna l’augure dépité au bout d’un moment, comme si tout ça était ma faute et que j’avais sciemment fait disparaître la pile d’ouvrages.
« Peut-être qu’ils sont tous partis ? » hasardais-je pour meubler le silence qui s’était instauré et tenter de me rendre un peu plus sympathique.
« Ca m’étonnerait ! » fut la réponse lapidaire.
Soudain saisi d’une idée, mon guide s’élança vers un mur tapissé d’ouvrages.
« Le voici ! » triompha-t-il en me désignant le livre coupable, qui rouge au front (c’est la couleur du bandeau) était quand même 14ème sur la liste des meilleures ventes !
Je bafouillais un vague merci à un dos vêtu d’un gilet vert qui déjà s’éloignait et puis regardais un long moment les couvertures et les commentaires louangeurs de Beigbeder.
Je n’irais pas jusqu’à dire que j’étais envieux… Non ! En réalité, j’étais effroyablement jaloux !
Merde, pourquoi n’était-ce pas mon roman que j’avais eu autant de mal à trouver !
Les deux livres dans les mains, je traînais quelques temps autour du stand Science-Fiction, Fantastique, Fantasy (ou devrais-je dire du stand Fantasy, Fantasy et Fantasy), à la recherche d’une nouvelle œuvre de Robert Howard, mais comme le malheureux est mort en 1936, ça fait belle lurette qu’il n’écrit plus rien d’intéressant !
Finalement, je reposais les deux ouvrages (avec soulagement concernant Opale, car il pèse son poids !) en me disant que je les achèterais plutôt dans une librairie de quartier. Il faut bien faire vivre le petit commerce, n’est-ce pas ?
Donc, retour dans ma banlieue un peu plus tard. Sur la place de la mairie, des gamins sautent dans tous les sens. Veinards, ils partent en classe de neige !
C’est presque l’heure de la fermeture. Je m’engouffre dans la librairie, sous l’œil maussade des vendeuses. Comme je ne veux pas trop les embêter, je m’adresse directement à celle qui est derrière le comptoir. La patronne probablement. Je lui donne les noms des ouvrages. Pas des auteurs, car je les ai malheureusement oubliés. Mine perplexe, de l’intéressée. Visiblement, ça ne lui dit rien. Elle appelle une collègue, puis deux. « Le prix VSD ? Késako ? »
Finalement, une petite étincelle brille dans le regard de la plus jeune (et jolie !). Elle disparaît derrière des murs de bouquins, pour finalement revenir et me laisser tomber dans les bras les deux bouquins.
« Les voilà ! » dit-elle tout sourire.
« Merci ! » je réponds avec un sourire engageant et plus si affinités, qui la laisse de marbre.
A la caisse, tout en réglant mes achats, je papote.
« Alors comme ça vous ne connaissiez pas le prix VSD du Polar ? »
« Vous savez on voit passer tellement de livres ! Les prix, ce n’est pas ce qui manque ! »
« Et la maison d’édition les Nouveaux Auteurs ? », je questionne un peu duplice.
« De nom. »
« C’est pas mal ce qu’ils font... », j’enchaîne. « Donner leur chance à de nouveaux auteurs. »
« Mouais… »
« Comment ça mouais ? Vous n’avez pas l’air convaincu. Cette idée de jury non professionnel qui choisit les romans, c’est pas mal non ? »
La moue s’accentue sur le visage fatigué de la gérante. Il est 19h35 et elle a hâte de fermer boutique.
« Ecoutez, j’ai lu un de leur livre, il y a quelque, temps. Je n’ai pas été convaincue. C’était un prix aussi… »
« Le prix Femme Actuelle ? », je hasarde.
« Oui, c’est ça ! »
« C’est pourtant un bon moyen pour de nouveaux écrivains d’être édités, non ? Parce que les comités de lecture professionnels…. »
Sous-entendu : « Tout ça, c’est magouille et compagnie, hein ? »
Tandis qu’elle me demande de composer mon code de carte bleue (Putain, presque 40 euros quand même ! )
Elle me glisse d’un air entendu :
« Vous savez, c’est un métier lecteur. On ne s’improvise pas comme ça spécialiste de la littérature et des goûts du public. »
Et, afin de bien m’achever, elle me livre sa dernière botte :
« Les grandes maisons, Gallimard, le Seuil, Robert Laffont…, ça c’est du sérieux !
Je prends le sac qu’elle me tend. « Bonsoir ». La porte est déjà fermée. Un Cerbère féminin, empêche dorénavant tout nouveau fâcheux d’entrer.
Je quitte le magasin un peu dépité.
J’espérais un peu plus d’ouverture d’esprit dans une librairie de quartier.
Mais comme les grandes enseignes, elles sont aux ordres. Ou conditionnées par une longue culture d’élitisme littéraire.
Pourtant, à une époque où on se plaint que les gens ne lisent plus assez, je trouve tout à fait salutaire et louable, l’initiative d’une jeune maison d’édition qui décide de bousculer l’ordre établi en confiant à des lecteurs non professionnels (les mêmes qui, en général, payent pour lire des livres !) le soin d’évaluer des manuscrits.
Mais il n’est jamais facile de faire évoluer les mentalités. Il faut du temps et de la persévérance.
Le diktat des grandes maisons d’éditions a sans doute encore de beaux jours devant lui, mais comme le chantait Bob Dylan « The Times they are a-changin’ ».

PS : Je viens d’apprendre que le grand prix Femme Actuelle du roman de l’été de l’an dernier (Le cercle du silence, de David Hepburn) va sortir en poche chez Pocket le 14 mai. C’est quand même la preuve d’un réel succès, non ?

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