vendredi 1 mai 2009

Prix du roman de l’été Femme actuelle 2009 : retour sur une soirée unique en compagnie de Paulo Coelho.

6 h15 : Je m’éveille en hurlant d’une nuit sans sommeil. Je viens de faire un rêve affreux dans lequel j’ai oublié le texte de mon discours. Je suis seul sur une petite estrade, les bras dans le dos comme un écolier devant sa classe. Devant moi une foule anonyme m’observe. Cheveux blancs. Visages sévères. Sourcils froncés. Je sens leurs yeux réprobateurs qui me scrutent. Et les mots qui ne veulent pas sortir !
En désespoir de cause, je récite une fable de la Fontaine « La grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf ». Risée de l’assistance. Cri. Réveil.

8 h 05 : Je sors du lit. Etat = fébrile. Bouche pâteuse. Pourtant, je n’ai rien bu la veille. J’comprends pas. Je trébuche jusqu’à la salle de bain.

10 h : Je sors de la salle de bain, éjecté par mon fils. « Ah, t’étais là ! » me jette-t-il. Mince ! Et moi qui pensais passer inaperçu toute la journée ! Faut que j’trouve une autre cachette.

11 h : Appel de mon éditeur : « C’est tout bon ! Préparez votre discours ! »

12 h : Je révise mon discours. « C’est un honneur et un plaisir, blablabla… » Putain, c’est nul !

13 h : Déjeuner liquide : La bière m’aide à faire passer le whisky.

16 h : Mon fils vient me tirer de mon fauteuil où je dormais paisiblement, détaché de toute contingence matérielle.
« Heu, P’pa…, faut peut-être y aller là ! Je crois que je vais t’accompagner finalement, ça vaut mieux ! »

16 h 30 : Tout le monde me regarde bizarrement dans le métro. Faut dire que je n’arrête pas de balbutier des prières, en serrant mon sac à dos contre ma poitrine.

17 h : Mon fils me traîne par la main jusqu’au Café des Editeurs, place de l’Odéon, entre Saint-Michel et Saint-Germain des Prés. On ne nous laisse pas entrer. Ils sont encore en plein préparatifs. « Allez on rentre à la maison ! », je souffle à mon fils qui, pour me calmer, m’entraîne vers le bar le plus proche.

17 h 30 : Séance de photos en pleine rue. Les gens s’arrêtent pour me regarder. Je prends la pose. « Tiens, Benoît Poelvoorde ! » lance quelqu’un.

18 h 30 : Je dis bonjour à plein de gens. Je rencontre la charmante Alexandra Rossi qui va bientôt recevoir le prix Coup de Cœur de Paulo Coelho. Vingt-trois ans. Elle a écrit son livre en moins de trois mois ! Un récit historique dont l’action se déroule au cours des croisades « Les lames de Dieu ».
Je serre la main de Jean-François Bouygues qui recevra le grand prix pour « Au bord des cendres ». Sympa et réservé. Je crois qu’il sent déjà la pression de ce grand prix. Son roman a une histoire étonnante puisqu’il a déjà été édité à compte d’auteur il y a 10 ans !
Non loin de moi, mon fils me surveille et me pince lorsque je dis des âneries ! Le lendemain je découvrirais que j’ai des bleus partout !

19 h : Paulo Coelho arrive. Très sympa, simple et abordable. Les lauréats de l’année dernière également. Nouvelles séances photos. Les nouveaux et les anciens. J’échange quelques mots avec Paulo Coelho. Je l’appelle respectueusement monsieur Coelho. Il me répond avec cet accent brésilien délicieux et évocateur de paradis « Appelle-moi Paulo, pas monsieur ! » « Bien monsieur Coelho ! »

19 h 30 : Conférence de presse. Nous présentons chacun nos livres. Nous répondons aux questions des journalistes. Je suis étonnement détendu. Je me demande même vaguement si je ne suis pas en train de dormir et si tout ça n’est pas un rêve. Pourvu que je ne me mette pas à réciter une fable !

20 h : J’attrape un verre de vin. Excellent. Trop bon pour être issu des vignes de mon imagination en tout cas. Je suis donc réveillé. J’échange quelques mots avec Muriel Picard rédactrice en chef de Femme Actuelle. Membre du Jury, elle a lu mon livre et me dit l’avoir beaucoup aimé. Elle est charmante. Vraiment !

20 h 30 : C’est le remise des prix. Plusieurs discours se succèdent. Celui du patron du groupe Prisma Presse, celui de mon éditeur. La foule est légèrement en contrebas. Il y a plein de visages, comme dans mon rêve ! J’ai un léger vertige et croise le regard ferme de mon fils. Je m’y accroche et j’y puise un regain de force. Je peux y arriver ! J’arriverai à réciter cette foutue fable sans me tromper ! Pardon, ce foutu discours !
Paulo Coelho accompagné de Muriel Picard ouvrent le bal. « Le prix du Jury est attribué à Yves-Daniel CROUZET pour son roman « Les fantômes du Panassa » ! » Aaargh, c’est moi ! Je le savais, mais ça fait quand même quelque chose. Je titube. Prends le micro. Crépitement des flashs. Applaudissements. Dire quelque chose… Maintenant… N’importe quoi, sauf… une fable ! J’avais pourtant un discours tout prêt ! Ca y est je me lance ! C’est parti !
J’ignore ce qui est resté de mon discours initial. Tout ce que je sais, c’est qu’un peu plus tard Monsieur Gonzague Saint Bris, est venu me serrer la main en me félicitant pour mon allocution. J’en suis resté… médusé !
Le prix Coup de Cœur est ensuite allé à Alexandra Rossi pour « Les lames de Dieu » et le Grand Prix à Jean-François Bouygues pour son roman « Au bord des cendres ». Leurs discours étaient parfaits. Aucun d’eux n’a récité de fables !

Après 21 h : Le temps me joue ici des tours. Difficile de reconstituer le reste de la soirée. Je me souviens d’avoir échangé quelques mots avec les uns et les autres. Avec le très sympathique gagnant de l’édition 2008 du Coup de Cœur de Paulo Coelho, Jérôme Manierski. Avec d’accortes jeunes femmes (je le sais, mon fils ne cessait de me tirer par le bras !) Un verre de vin rouge à la main (un à la fois, mais au final plusieurs !) j’ai déambulé entre les convives, cédant en toute simplicité au jeu des questions et des réponses. Parfois, mon fils me tirait par le bras. Parfois pas. Je vous laisse le soin de deviner quand. Au bout d’un moment il s’est lassé de me surveiller et s’est retiré dans un coin avec sa DS. Enfin libre ! Le problème c’est qu’il n’y avait plus personne ! Le Café des Editeurs était presque vide. Ca ressemblait méchamment à une fin de soirée. Normal, c’en était une. Je n’avais même pas dit au revoir à Paulo. Ni à Muriel. Ni à mon éditeur ! A l’extérieur les gens vaquaient à leurs occupations, insoucieux du bref moment de gloire qui avait été le mien (salut Andy !).

24 h 02 : C’est déjà demain. Cette soirée magnifique, de rêve, unique a déjà eu lieu… hier !
Le voyage retour s’est passé sur un nuage. Depuis quand métro et RER planent-ils aussi haut ? Mon fils est heureux. Moi aussi.
Arrivé à la maison, je m’assois devant l’ordinateur pour laisser un petit message à mes trois fans ! Mes yeux sont emplis d’étoiles humides.

25 h (heu, 1 heure !) : Je me glisse dans mes draps. Les rêves affleurent déjà à la périphérie de ma conscience. Ils sont doux et agréables. Je m’endors en souriant.

Un grand merci à mon éditeur Jean-Laurent Poitevin, à Femme Actuelle, au sympathique directeur du Groupe Sigma Presse et à tous les gentils organisateurs de cette cérémonie magnifique. Merci à la photographe Manuelle Toussaint http://web.mac.com/manuelletoussaint/Site/Bienvenue.html qui malgré mon stress est parvenue à me faire sourire. Elle a pris en photos les plus grands : sur son book électronique j’ai vu Alain Delon, Vincent Cassel, Alain Chabat, Gérard Depardieu, Ralph Fiennes, Bruce Willis, Robert Duval, Robert Mitchum !
Grâce à eux tous, j’ai passé une soirée magique ! En toute sincérité.

5 commentaires:

  1. Ca c'est vraiment toi.....

    Bisous, et encore félicitations.

    Bruno

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  2. Très bon ton compte-rendu, je me suis bien marré ! surtout quand on t'a confondu avec B. Poelvorde LOL
    ça fait un beau souvenir en plus...

    Cyril

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  3. Des souvenirs comme ça, on en redemande ! La description de cette soirée est absolument divine... j'arrive à ressentir jusqu'au moindre frémissement de votre peau...

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  4. Merci à vous deux !
    Ce fut vraiment un moment merveilleux. Un de ceux qu'on conserve précieusement dans un petit coin de sa tête, pour les ressortir les jours de ciel gris.

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  5. Bravo Yves-D.
    je me reconnais bien dans ce récit très attachant de notre soirée de folie... j'ai mis 2 jours à revenir sur terre... mais maintenant ça va. C'est qu'il y a encore du pain sur la planche, car tu sais bien sûr que ce 29 avril n'est pas un aboutissement, mais un contraire un éveil... Rien n'est hasard, ni chance... c'est la ténacité, la foi et la passion qui aident à avancer... J'ai hâte le 11 juin pour lire "Les fantômes du Panassa" et "Les lames de Dieu"... encore bravo et à bientôt
    JF Bouygues

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