samedi 13 juin 2009

Les fantômes du Panassa à Monoprix !

« Alors quel effet ça fait de voir son bouquin en librairie ? » m’a demandé mon pote Valery, le jour de la sortie de mon roman.
Nous étions tous les deux à la Fnac du Forum des Halles devant le rayon nouveautés policières et « Les fantômes du Panassa » était là, magnifiquement ceint de son bandeau rouge.
« Quel effet ça fait ? » ai-je répété, songeur.
J’avais imaginé bien des scénarios. Dans certains, j’entamais une danse victorieuse autour du présentoir, dans d’autres, submergé par l’émotion, je tombais en pâmoison au milieu des livres (délicieusement romantique non ?). Dans les plus délirants, une femme superbe me reconnaissait « Mais c’est vous le gagnant du prix du jury Femme Actuelle 2009 ! » s’exclamait-elle d’une voix incroyablement chaude et suave, avant de se jeter dans mes bras.
J’imaginais les battements de mon cœur affolé, des troubles de la vision, des larmes de bonheur, des jambes flageolantes… Enfin, ce genre de trucs.
Peut-être avais-je trop anticipé mes réactions. Trop attendu, trop espéré, trop rêvé ce moment.
« C’est cool ! », j’ai pauvrement murmuré dans un sourire.
En réalité, j’étais sec. Comme anesthésié. Groggy.
Ce n’est que le lendemain que j’ai vraiment réalisé l’ampleur de ce qui m’arrivait et ce, paradoxalement, en découvrant mon roman à… Monoprix !
Ca m’a fait un choc. C’était un tout petit Monoprix, pas loin de mon travail. J’y étais entré pour m’acheter un sandwiche avant de retourner bosser. Je me dirigeais vers les caisses, lorsque j’ai remarqué un peu plus loin une table avec des livres dessus.
Je me suis avancé sans trop y croire. « Mon livre chez Monop ! Et pourquoi pas à Bricorama ? »
Sur cette table, il y avait quoi ? Une cinquantaine de bouquins ? Et parmi ces cinquante bouquins, il y avait le mien !
J’avais rêvé de voir un jour mes livres sur les rayonnages des librairies et, plus tard, dans les bacs des bouquinistes, mais à Monop ?!
Bien sûr, je savais que les supermarchés vendaient des livres, mais je n’avais jamais pensé un seul instant que mon roman allait les y rejoindre !
Vous imaginez ça, vous, un auteur qui se dit : « Putain, qu’est-ce que je ne donnerais pas pour voir un jour mon bouquin à Auchan ou à Carrefour ! »
Et pourtant le livre était sur la table et regardait Crouzet. Vaguement goguenard, même.
Eh oui, mon cher Yves-Daniel, me suis-je dit, ton livre est aussi un produit. Un produit de grande consommation même. Sa date de péremption n’est pas affichée, mais elle est relativement courte. Quelques semaines tout au plus. Ensuite, il disparaîtra vers quelque abominable enfer de papier.
Mais si le livre est un produit, c’est aussi une somme énorme de travail et de passion.
« Les fantômes du Panassa » est distribué partout. On peut trouver ça agaçant. Certains puristes jugeront peut-être que la place d’un livre n’est pas dans un supermarché, entre légumes et poissons.
Pourtant, je peux vous assurer que derrière cette distribution industrielle, il y a le travail d’un artisan incroyablement exigeant. Un artisan qui n’a pas compté ses heures. Qui a remis encore et encore son ouvrage sur le métier, pour lui offrir le meilleur visage possible, avant de le lâcher dans le monde.
Aussi ne ferais-je pas la fine bouche, ni ne serais-je sottement élitiste.
Je sais qu’en France on aime bien les artistes maudits et que le succès populaire est mal vu, mais une distribution confidentielle ne fait pas pour autant un bon bouquin.
Je n’ai donc qu’un mot à dire : « Courez chez Bricorama acheter mon livre ! »

2 commentaires:

  1. Fini, hier soir vers 23h00, avec mon épouse qui soupirait bruyamment dans le lit à mes côtés: "Quand est-ce que tu vas éteindre?".
    Le bouquin refermé, je me disais "c'est vite lu, par rapport à ce que l'auteur a dû souffrir pour l'écrire; un peu comme lorsque l'on voir les convives engloutir en un quart d'heure le plat que l'on a mis plus de deux heures à mitonner". Mais, t'as raison Yves, pour qu'il soit aussi agréable à lire, ton enfant, il a fallu que l'artisan sue (comme Eugène, évidemment).
    C'est peu dire que ça m'a plu. Y compris la mise en abyme, ce roman de Challier en construction dans le roman de Crouzet édité; un peu comme ,le cinéma dans le cinéma ("La Nuit américaine" de Truffaut) ou le théâtre dans le théâtre (Anouilh, là il y en a beaucoup, peut-être même trop).
    Et ce matin , mon épouse: "Alors, tu as fini de le lire, ton livre? Il en écrit un autre?"
    Bon courage!

    Jacky

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  2. Mon premier commentaire de lecteur!
    D'un ami certes, mais aussi d'un lecteur exigeant et subtil. Je suis vraiment ravi que mon livre vous ait empêché de dormir.
    Et si en plus il procure de beaux rêves...

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